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Une coopération exemplaire

Ce n'était pas gagné d'avance, mais le bé bé aura bien survécu aux turbulences qui ont entouré les débuts de sa gestation. Huit ans après la signature d'un memorandum of understanding confirmé en 1993 par un accord gouvernemental franco-suédois, Bonus, l'obus antichar développé en partenariat 50/50 par GIAT Industries et Bofors Weapon Systems, a reçu en juillet le feu vert des autorités militaires des deux pays pour le lancement de sa production.

Ce n'était pas gagné, non, car une série d'événements extérieurs allaient empoisonner les relations entre la France et la Suède : le naufrage, fin 1993, du projet de fusion Renault / Volvo accompagné d'une tempête antifrançaise dans les médias suédois, puis le char Leclerc du GIAT écarté au profit du char allemand Leopard par la défense suédoise qui préfèrera de surcroît le missile américain Amraam au Mica français pour équiper son nouvel avion de chasse et d'interception, le JAS...

Dans ce climat délétère, il s'est pourtant trouvé des gens qui ont su découvrir leurs complémentarités et affirmer leur volonté de réussir ensemble. "Il y avait, c'est vrai, certains préjugés à travailler en coopération avec des entreprises françaises. Les différences culturelles entre Nordiques et Européens du Sud apparaissaient comme un obstacle. En fait, nous nous sommes rendu compte que la technique est un terrain neutre, que là, il n'y avait aucune différence entre nous, et les travaux de développement se sont déroulés sans problèmes" explique Stefan Blomgren, chef de projet Bonus chez Bofors.

L'organisation du projet avait, elle aussi, de quoi surprendre et pourtant, le résultat est là : ça a marché. Curieux, Christophe Selliez, responsable des programmes d'artillerie chez GIAT Industries, l'était lorsque cette affaire est arrivée dans son périmètre, il y a trois ans. "Contrairement à ce qu'on apprend dans les écoles de management, il n'y avait pas de maître d'œuvre dans cette opération, sa structure étaient entièremenet bicéphale. Les deux niveaux de décision - la direction de projet et le comité de pilotage - constituaient deux recours possibles pour éviter les éventuels conflits. Si conflit il y avait, il se réglait déjà au premier niveau. Je le dis avec objectivité : c'est une affaire exemplaire".

Bref, des acteurs et une organisation intelligents, à l'image d'un produit considéré comme un virage technologique. Bonus est en effet une munition ultra "intelligente" à la précision chirurgicale. D'une portée maximale de 34 km, l'obus de 155 mm attaque, grâce à son systè me de détection à infra-rouges, les parties vulnérables du char de combat (ou du véhicule blindé) et le neutralise sans faire de dégâts alentour, "pas même dans le voisinage le plus immédiat" précise Christophe Selliez.

Le contrat franco-suédois porte sur 9000 unités. La production des composants est partagée entre les deux pays qui effectueront ensuite le montage final des obus, chacun pour soi mais avec process identiques. Les livraisons s'étaleront de la fin 2001 à 2008.

Exemplaire, cette opération devra l'être jusqu'au bout. L'ultime challenge réside en effet dans la coordination du marketing et de la stratégie, à la fois de vente et industrielle. Soit dans l'approche, ensemble, du commerce international avec un Bonus unique sous deux badge distincts.

D'autres programmes en vue après cette première réussie ? Qui sait - même après la récente acquisition de Bofors Weapon Systems par l'américain United Defence...

Françoise Niéto